Livre numérique: l'epub, format libre et ouvert, pour contrer Amazon et les géants du web?

Plus d'une centaine d'éditeurs, libraires, experts en technologies, bibliothécaires, etc. se sont réunis la semaine dernière à Bordeaux pour baliser l'avenir du livre numérique, qui passe pour beaucoup par l'adoption de la norme epub, un format de publication libre et ouvert à tous.

"L'epub est un enjeu fondamental pour les éditeurs, qui se sont tous mis d'accord, très tôt, pour avoir un format commun. C'est ce qui nous donne une prise sur l'avenir du livre et donc notre propre avenir", déclare à l'AFP Virginie Clayssen, directrice de l'innovation d'Editis, deuxième groupe d'édition français.

Un souci partagé par la quasi-totalité des acteurs du livre, numérique ou non, présents les 7 et 8 avril à Bordeaux à l'occasion de l'EPUB Summit, accueilli à la Librairie Mollat, plus importante librairie indépendante de France.

"On part de l'oeuvre, de la création. Il faut construire un système économique autour". "Pour ça, il faut aller vers un standard, une norme", a plaidé durant les débats son PDG, Denis Mollat, également président du Cercle de la Librairie. "Imaginez aujourd'hui un monde de la musique sans MP3! On serait obligé de tout le temps changer de plate-forme, de support", a-t-il lancé.

D'où l'importance de l'epub (electronic publication), un format "open source" basé sur les technologies utilisées pour les sites internet, officiellement standardisé en 2007.

Ouvert et permettant au lecteur d'acheter son livre où il veut pour le lire ensuite sur n'importe quel support (liseuse, téléphone, tablette, ordinateur), il apparaît comme une parade à l'emprise de géants du web comme Amazon. A la fois vendeurs de livres numériques, d'appareils de lecture et même plate-forme d'autoédition pour Amazon, ils utilisent des formats et/ou systèmes de protection dits "propriétaires", autrement dit verrouillés.

Amazon vend ainsi des livres numériques dans un format appelé "mobi" (ou "azw", un fichier "mobi" protégé spécifique à Amazon), qui ne peuvent être lus que sur les appareils qu'il commercialise ou grâce à ses propres applications. Et ces appareils de la gamme Kindle refusent d'afficher un autre format que celui d?Amazon...

"Cage dorée"

Selon les spécialistes, ce format spécifique à Amazon représente à lui seul environ la moitié des ventes de livres numériques en France, le reste se faisant en format epub. Mais dans les pays n'encadrant pas le prix du livre, comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, le géant américain a cassé les prix et occupe aujourd'hui 85% du marché...

"Tant que l'utilisateur est chez Amazon, c'est un peu une +cage dorée+, il ne pense pas à aller voir ailleurs", résume Virginie Clayssen.

Pour y remédier, éditeurs et libraires se sont groupés avec le gouvernement français pour créer l'European Digital Reading Lab (EDRLab), association basée à Paris et chargée notamment de favoriser l'adoption de la norme epub à travers l'Europe. 

Principale pierre d'achoppement à la diffusion de l'epub, les systèmes de DRM (gestion des droits numériques), qui protègent de nombreux livres numériques contre le piratage mais empêchent de fait toute interopérabilité.

La majorité de ces DRM sont mis en oeuvre par Adobe et sont assez contraignants pour l'utilisateur, qui doit obligatoirement s'enregistrer auprès d'Adobe -- y compris pour le prêt en bibliothèque -- et ne pourra utiliser cette DRM que sur un nombre limité de terminaux...

"Nous souffrons énormément des DRM, qui demandent un gros travail de notre part auprès du lecteur. Il y a un réel danger que les gens ne nous quittent à cause de ça!", a témoigné Philippe Goffe, initiateur du portail Librel.be fédérant des libraires belges francophones.

Pour "débloquer l'usage commercial de l'epub", l'EDRLab va prochainement lancer une DRM plus accessible, baptisée LCP, "qui coûtera moins cher qu'Adobe et qui fonctionnera par simple identifiant et phrase de passe", selon son directeur technique, Laurent Le Meur. 

"L'utilisateur n'aura plus l'impression de perdre le contrôle et son livre ne pourra plus disparaître avec le distributeur ou avec l'obsolescence de son matériel", explique-t-il.